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Extrait du livre "Si Chocques m'était conté"
Les moines, non contents d’évangéliser, consacraient une partie de leur temps à modeler le pays, et à le rendre de plus en plus habitable. Ils transformèrent les mœurs de nos régions ; ils furent de véritables Foyers de civilisation. Nous avons vu que les abbayes étaient édifiées en général dans des lieux situés à l’écart de la conversation des hommes. On les érigeait dans la vallée d’une rivière, ou au bord d’une zone marécageuse où la présence d’eau et de pâturages était un avantage considérable.
Les moines pouvaient alors s’adonner complètement à l’agriculture et gardaient, entre eux, un silence perpétuel.
A l’origine ce sont eux qui ont défriché les vastes bois de la région. Ils rendirent fécondes les terres stériles, asséchèrent les plaines marécageuses en endiguant principalement la Clarence. Les moines cultivaient les terres autour de leur abbaye et soignaient leurs vignobles. Cette vigne fut longtemps cultivée, jusqu’au 15ème siècle, et donna son nom à un lieu du bourg « Derrière la Vigne ».
La vie monastique était rude, les moines vivaient des produits de leurs terres, la viande ainsi que les graisses étaient prohibées. On réintroduisit en 1260, l’obligation d’abstinence pour la période du jeûne du 11 novembre à Noël et de la Septuagésime* à Pâques. Les repas se composaient essentiellement de poisson. On brassait la bière dans le monastère et les provisions étaient conservées dans une glaciaire antique constituée d’une cave voûtée.
Pendant les heures réservées aux travaux de l’esprit, les moines priaient et étudiaient les arts et les sciences. Ils transcrivaient des poésies et mélodies inconnues venant de l’Orient par l’intermédiaire des troubadours des seigneurs, ou bien copiaient des manuscrits antiques. Par leurs initiatives et leurs travaux, les religieux rendirent prospères les habitants de la région auxquels ils donnèrent gratuitement l’instruction ; certains d’entre eux formaient de jeunes clercs au ministère pastoral afin de propager l’évangile dans les contrées voisines.
Pour la bonne marche de la communauté, les religieux exerçaient divers métiers. Ainsi trouvait-on un maître d’école, un chirurgien, des boulangers, cuisiniers, jardiniers, tailleurs, cordonniers, tanneurs…
Dans un souci de bonne santé, le sous-prieur devait veiller à la propreté des moines, à l’entretien de leur barbe et était tenu de les faire saigner à diverses époques de l’année.
Leur garde-robe, immuable à travers les siècles se composait de trois tuniques, d’une pelisse*, d’un surplis et d’une aumusse.